Sarkozy : comment finira la chute
?
Un démarrage tonitruant
Durant les premiers mois suivants son élection, Nicolas
Sarkozy régnait en maître à la fois
sur le gouvernement, le Parlement, les médias. Les
sondages d’opinion le plébiscitaient, les mouvements
sociaux étaient inexistants. Il avait les mains libres
pour se faire payer ses vacances par de grands patrons tels
Bolloré, pour appliquer la politique réclamée
par le MEDEF, pour augmenter son salaire de 206%.
Le basculement de l’opinion
Mais au bout d’un an de présidence, on ne peut
que constater que le château de cartes s’est
effondré. Comment pouvait-il en être autrement
quand le futur président avait affirmé à
la fois « Je supprimerai les droits de donation et
de succession… Je réduirai la fiscalité
qui pèse sur les entreprises et sur le travail…
Je renforcerai la présence des services publics dans
les quartiers et en milieu rural… Je réduirai
la dette et le déficit… » (1) Bref, c’était
comme Pierrette et son pot au lait !
Alors que les retraités représentaient la
tranche d’âge qui avait le plus voté
pour Sarkozy, ils sont sans doute ceux qui ont le plus pâti
de sa politique. Ils ont vu leur pension de retraite augmenter
nettement moins que les prix, notamment que ceux de l’alimentation.
Ils sont les plus touchés par les franchises médicales.
Cette perte de crédibilité de l’opinion
publique à l’égard de Sarkozy s’est
exprimée lors des élections cantonales et
municipales, qui ont vu l’UMP perdre beaucoup de terrain.
Même s’ils n’obtiennent pas beaucoup de
résultats, les mouvements sociaux, une fois passée
la période de déception post-présidentielle,
ont repris de la vigueur. Leurs motifs sont variés
: réforme de l’université, défense
des services publics (Éducation, santé, impôts…),
salaires (dans le public comme dans le privé), retraites,
réforme judiciaire, OGM… Grenoble a notamment
connu le 1er mai une belle fête et un cortège
de manifestants bien fourni, le 22 mai une manifestation
de 22 000 personnes dont les objectifs étaient l’avant
et l’après travail, c’est-à-dire
le lycée et les retraites.
Alors qu’au début de son quinquennat Sarkozy
se montrait omniprésent, aujourd’hui il se
fait « tout petit ».
Avec cette nouvelle situation, les médias, qui, dans
la période suivant l’élection de Sarkozy,
étaient « aux ordres », ont repris aujourd’hui
une certaine liberté. Ainsi le « battage »
qu’ils font sur Mai 68 n’est-il pas un pied
de nez adressé à Sarkozy, qui, lui, avait
tant décrié ce mouvement durant sa campagne
présidentielle ? En revanche, les médias ne
parlent pas des 50 ans de la Ve République !
La fronde au sein de l’UMP
L’opposition au Président de la République
a commencé à toucher les bancs des députés
de droite. Ces derniers l’ont obligé à
revenir sur sa décision de supprimer la carte famille
nombreuse SNCF. Le vote négatif de l’Assemblée
Nationale sur le projet de loi concernant les OGM n’a
pu avoir lieu que grâce à l’hostilité
d’une partie d’entre eux, ceux qui sentent que
dans leur circonscription la colère grandit.
Et dans cette atmosphère, Nicolas Sarkozy n’a
même pas osé se rendre à l’AG
des militants UMP, où pourtant il était attendu
!
La répression pour seule réponse
Face à ce climat de fronde, Sarkozy et son gouvernement
ne savent répondre qu’en montrant les dents.
Ainsi, la « chasse aux étrangers » s’aggrave.
Les manifestations de lycéens sont noyées
dans les gaz lacrymogènes. Les enseignants voient
leur droit de grève restreint. Lorsque Sarkozy est
venu à Vienne, sa police a procédé
à des arrestations, au contrôle de syndicalistes
CGT, elle a confisqué des tracts de militants LCR.
Quant aux députés, il leur est maintenant
interdit de discuter de certains projets de loi, comme celui
sur les OGM !
L’histoire a montré que la répression
avait ses limites, qu’elle pouvait, comme en 68, aboutir
à des explosions.
Jean-François Le Dizès
(1) Extraits de la profession de foi de Nicolas Sarkozy
pour le premier tour de l’élection présidentielle
de 2007
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Articles d’un Nouvelle Gauche précédent
sur un sujet voisin :
- Réforme fiscale de Sarkozy : toujours plus pour
les riches - N°115 – Octobre 2007
- Le quinquennat de Chirac marqué par l’affrontement
social - N°113 – Avril 2007