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Communiqué 8 janvier

TRANSPORTS COLLECTIFS GRATUITS

Les choix de Lille Métropole Communauté Urbaine sur la politique tarifaire de Transpole ont suscité de vives réactions des usagers, tout en relançant le débat sur la gratuité des transports pour tous, à l’instar d’Hasselt en Belgique ou Châteauroux en France. Les Alternatifs et des jeunes de Chiche! sont convaincus de la nécessité d’un tel choix de société.

Un constat s’impose

L’automobile a favorisé l’indépendance, et la mobilité de chacun, individuellement ou en groupe, en famille par exemple. Le transport « porte à porte » génère une facilité de vie qui s’assimile à une liberté. Pourtant une politique du tout automobile provoque bouchons, accidents de la route, pollution et développement des gaz à effet de serres, qui conjugués entraînent une pollution à l’ozone dangereuse pour tous et particulièrement pour les plus faibles, notamment les enfants, les personnes âgés et les malades... Il est impossible de chiffrer les conséquences en terme de santé : victimes des accidents, stress, victimes des pollutions, développement des maladies respiratoires, des allergies, mal être voire décès, mais le coût est d’importance.

L’argent public a prioritairement financé le développement des infrastructures : rues, routes, rocades, autoroutes et permet leur entretien. C’est un choix sociétal. Ce choix conduit par exemple à développer le transport par poids lourds au détriment du transport par chemin de fer ou voie fluviale. La logique économique feint d’ignorer que le coût réel du transport va au-delà du coût de l’essence. Ce coût englobe infrastructures, usure et réfection des chaussées, et répercussions en terme de santé. Il est supporté par l’ensemble des citoyens. Jusqu’où cette logique nous conduira-t-elle ? Pendant combien de temps tiendrons-nous ?

D’autres choix s’imposent. Ce ne peuvent être que des choix de société.
Le coût doit donc en être supporté par la société.

Actuellement, les transports collectifs n’apportent pas la réponse à une alternative à l’automobile. Le coût d’utilisation reste élevé. Les politiques tarifaires ne répondent qu’en partie aux inégalités générées par notre mode de développement économique.

Les tarifs réduits, s’ils allègent la facture de certains usagers, ne correspondent pas forcément à leurs attentes. Il est difficile de répondre à l’ensemble des situations. Parmi les remarques à mettre en avant, il faut constater que le travailleur smicard ou en précarité paye plein tarif. Le chômeur, s’il ne paye pas plein tarif, est le seul membre de sa famille qui sera aidé pour payer la facture des transports.

La politique tarifaire différenciée, acquise des luttes des précaires et chômeurs, permet en partie de corriger des inégalités. Nous ne pouvons être à priori que pour. Mais elle est insuffisante. Elle ne fait que masquer les problèmes de fond liés à une société de plus en plus injuste. Est-ce aller dans le sens du respect et de la dignité des personnes, que de rappeler à chaque paiement ou à chaque contrôle la particularité de sa situation sociale ?

La multiplication des contrôles, nous démontre que beaucoup de personnes prennent le risque de frauder. Pourquoi de telles fraudes si ce n’est parce que le prix reste trop important, malgré la politique tarifaire appliquée. Le coût induit de cette chasse aux fraudeurs, contrôles et poursuites, nous fait revenir dans le domaine économique accompagné de son volet répressif.

Il y a des flux obligatoires, imposés.

Notre mode de développement et de consommation nous impose la mobilité. L’habitation qui est de plus en plus chère renvoie les populations aux revenus modestes à la périphérie, et les populations désirant accéder à la propriété loin des villes en campagne, alors que le travail se situe principalement en zone urbaine. On se déplace pour le travail, l’université, le lycée ou le collège, les courses, les loisirs, la culture, la pratique du sport, les échanges entre les habitants, et de plus en plus loin, avec des horaires de travail de plus en plus décalés. Il y a d’autres exemples : alors que les commerces de luxe dans l’hypercentre des villes prolifèrent, les commerces de proximité disparaissent au profit de zones commerciales implantées à la périphérie des centres urbains.

La centralisation de chaque chose concentre les flux,
cependant déconcentrer ne répond qu’en partie au problème.


Déconcentrer les lieux de cultures et de loisirs permet, par exemple, de développer une vie culturelle dans chaque quartier. Mais on ne peut réduire l’espace de vie à un espace limité. Les échanges, les rencontres, la découverte suppose une mobilité facile pour chacun. Il n’est pas souhaitable de « sédentariser » la vie. Tout en défendant une autre conception de l’organisation des espaces habités, nous devons, dans l’immédiat, tenir compte de la réalité et raisonner à partir de la ville telle qu’elle se présente aujourd’hui. L’offre de transport doit donc faciliter cette mobilité en favorisant tout type de trajets et la complémentarité de l’offre: transports collectifs, vélo, à pied… et également en voiture. Elle doit recréer du lien social, en permettant à ceux qui ne voyageaient plus, à cause du coût, à aller vers les autres. Elle doit, par ce fait, favoriser l’investissement de toutes les catégories de personnes dans la vie amicale, culturelle, associative ou sportive.

Ce n’est pas parce qu’on contraint qu’on va nous donner envie de devenir des usagers réguliers, mais c’est plutôt par l’attractivité des moyens proposés.

En augmentant le prix des carburants, des parkings, on ne répond pas au problème de fond : on ne fait que réserver l’accès en voiture à la ville aux seules personnes qui ont un revenu suffisant, en écartant de fait les personnes aux revenus modestes.

L’organisation de la vie actuelle peut difficilement amener chacun à penser qu’il peut se passer de posséder une automobile. Penser qu’une politique d’augmentation des prix dissuadera les gens de posséder et d’utiliser un véhicule personnel est une erreur. Elle ne peut que conduire, là encore, à léser les plus pauvres.

La seule incitation qui ne pénalise personne est de développer les transports collectifs gratuits. Ce développement doit être pensé pour compenser la perte du confort « porte à porte ». Il doit mieux desservir, augmenter les fréquences, améliorer la sécurité et la convivialité. La collectivité doit assumer ce choix politique qui nous est imposé par des impératifs sociaux et écologiques. L’impôt doit y contribuer.

La réduction des inégalités par l’utilisation de l’argent des impôts n’est pas une aberration. Ce n’est que dans ce cas que la solidarité entre tous est effective, chacun contribuant à la mesure de ses revenus. Que cet argent aille au développement des transports ne serait que juste. Les transports sont déjà subventionnés à hauteur de 70%. Les 100% s’imposent.

Enfin, ce choix sociétal est un choix écologiquement salutaire.

En favorisant les transports alternatifs, d’une part, et les transports collectifs par la gratuité, financés par l’impôt, d’autre part, nous contribuerons à la préservation de notre santé et de notre environnement, pour un air plus pur.

La gratuité des transports en commun, une nécessité sociale et écologique

Notre mode de déplacement actuel nous coûte, et nous coûtera, socialement, économiquement et écologiquement de plus en plus cher. Seul le politique peut décider d’infléchir le cours des choses. Notre futur et notre qualité de vie en dépend.

Les coûts directs et indirects de notre fonctionnement actuel sont exorbitants. Ils sont certainement supérieurs à ceux qu’amènerait une politique des transports collectifs gratuits. Les transports collectifs gratuits apportent la réponse adaptée, la plus juste, aux problèmes sociaux, économiques, de santé et écologiques qui se posent à notre société. Les choix sont à faire dès maintenant. Il est de la responsabilité des élus, en lien avec les citoyens et les usagers, de mettre face à face les coûts et de décider. L’heure est à une réelle politique d’encouragement des transports collectifs : la gratuité.

Les Alternatifs de Lille



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