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Coup de gueule

Pas de démocratie sous ces tropiques

par Mathieu Colloghan

Ah ! la Thaïlande ! Les plages ensoleillées, le tourisme sexuel et l’excellente cuisine de rue ! A ces perles de clichés, on va pouvoir ajouter ces pittoresques manifestations de chemises rouges ou chemises jaunes. Comme tout cela est amusant ! Comme tout cela est drôle ! Désolé du ton, mais une boule de colère a du mal à passer depuis quelques jours. La situation thaïlandaise devrait entraîner les protestations internationales, au moins le soutien de la gauche. Or nous semblons ignorer ce qui se passe à Bangkok. Douce indifférence. Pourtant, il y a de quoi animer les solidarités.


Comme vous n’avez pas forcément suivi, je résume :
En 2005, le premier ministre Thaksin Shinawatra, millionnaire libéral, accumulant les affaires d’enrichissement personnel, voit son avenir politique s’assombrir. Il opère un virage politique que nos analystes considéreraient comme odieusement populiste : pour avoir une chance de se maintenir au pouvoir, il décide de s’appuyer sur les classes populaires et lance une politique de développement du nord du pays (les zones ne bénéficiant ni du boom spéculatif de Bangkok ni de l’économie du tourisme). Il accompagne cela d’une série de (timides) réformes sociales.

Premier résultat : en 2006, Thakisn est débarqué par un coup d’état. Nos analystes évoquent - suprême post-modernisme- un putsch "démocratique" car les militaires sont soutenus par les milieux financiers et que les manifestations contre le putsch, malgré la loi martiale et les couvre-feux, sont limitées. Sinistres clowns du commentaire !

Retour à la démocratie (12/07) : les premières élections organisées donnent la victoire au Parti du Pouvoir du Peuple, proche de Thaksin. Qu’à cela ne tienne : les "chemises jaunes", jeunesse dorée, droite bien libérale, se mobilisent, bloquent aéroport et autoroutes. L’armée - ah ! l’armée !- et la police, n’interviennent pas. Le gouvernement tombe, remplacé par le très très libéral Abhisit Vejjajiva.
Et les affaires reprennent. Et tout va mieux. N’en parlons plus.

Depuis mars, les couches populaires sont en mouvement. Des quartiers populaires de périphéries, des villes du nord, les "chemises rouges" sont montées à la capitale, exiger plus de justice sociale et de vraies élections libres, Écoutez ce qu’en raconte Weng Tojirakarn, le médecin communiste et l’un des trois, pardon, des deux leaders des chemises rouges [1]. Il parle de mouvement social, de classes, de redistributions et de démocratie. Thomas Fuller (du New York Times écrit : "ce n’est pas tout à fait la Commune de Paris, mais c’est le pas le plus important que Bangkok ait effectué en direction de l’anarchie".
Là, l’armée elle est ferme. Et dans l’indifférence générale, le tir au lapin tourne à plein. Les généraux parlent du retour au calme ce matin. Combien de mort ?
Et nous, nous à gauche en Europe, nous ne disons rien.
C’est incroyablement loin, la Thaïlande pauvre.

Mathieu Colloghan le 21 mai 2010
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Notes

[1] Quand l’un des trois animateurs des chemises rouges, Khattiya Sawasdipol, est abattu par un sniper durant une conférence de presse, ça ne fait pas la une des journaux. Vous imaginez, si ça avait eu lieu à Caracas ?!



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