Quels enseignements pour la gauche alternative en France ?
Les élections législatives du 27 septembre en Allemagne et au Portugal se sont traduites par un recul des partis traditionnels et particulièrement pour ceux de la social-démocratie, une progression des petites formations de la droite libérale, une baisse des taux de participation (- 6,5 % en Allemagne et - 4 % au Portugal) mais surtout par une progression notable de la « gauche de la gauche ».
Les Alternatifs saluent les résultats obtenus par Die Linke et le Bloc de gauche qui confirment leurs résultats lors des élections européennes mais surtout leur implantation dans ces deux pays.
Si les chefs de gouvernement sortants (Angela Merkel en Allemagne et José Socrates au Portugal) sont reconduits, leurs partis respectifs sont en recul (- 1,5 % pour la CDU/CSU et – 8,5 % pour le PS). La CDU/CSU ne peut pas renouveler la Grande coalition et va devoir gouverner s’allier avec les libéraux du FDP qui progressent de 5 %, tandis que le PS portugais ne dispose plus de majorité absolue au parlement. L’offre de coalition gouvernementale proposée par José Socrates au Bloc de gauche et à la coalition CDU (Parti communiste portugais et Parti vert) a été déclinée par ces formations.
Ces élections confirment l’accélération du déclin et de la crise historique de la social-démocratie, déjà observée lors des dernières élections européennes (En Allemagne, le SPD chute de 11 points et au Portugal, le PS de 8,5 points). Le ralliement de la social-démocratie à la logique libérale et l’absence de propositions alternatives ne lui permet même plus d’envisager seule l’alternance, tout au moins en Allemagne. La consolidation de la gauche antilibérale modifie sensiblement le paysage politique de ces deux pays.
En Allemagne, Die Linke progresse de 3 % et obtient 76 sièges avec 11,9 % des voix. Ce parti s’implante progressivement à l’ouest (8,3 %) et devient la deuxième force politique à l’est (27 %) juste derrière la CDU (30 %). De leurs coté, les Verts progressent de 2 % et atteignent 10 %.
Au Portugal, le Bloc de gauche confirme son insertion dans le paysage politique, il progresse de 3,5 % en obtenant 9,85 % des suffrages. Il double sa représentation parlementaire avec 16 députés. De son coté, la coalition CDU se maintient avec 7,9 % des voix et conserve ses 15 députés. Les deux formations représentent près de 18 % des voix.
Dans les deux pays, si on prend en compte le score des Grünen (10 %) en Allemagne, jamais les partis à la gauche de la social-démocratie n’avaient atteint de tels scores. Ce ne sera pas sans conséquence pour l’avenir et les éventuelles coalitions. Néanmoins, la configuration diffère entre les deux pays, du fait de la nature même des partis. En Allemagne, Die Linke participe déjà à la gestion avec le SPD des lander (Brandeburg, Thuringe, Saxe, Sarre, Berlin) alors que la « gauche de gauche » portugaise (CDU et Bloc de gauche) s’y refusent compte tenu de la politique libérale et antisociale menée par le PS.
Si Die Linke et le Bloc de gauche appartiennent tous les deux au Parti de la gauche européenne (PGE) et siègent ensemble au sein du groupe Gauche unie européenne (GUE/NGL) au parlement européen, il existe des différences notables entre ces deux formations. Die Linke a été formée par l’union des communistes du PDS (implanté principalement à l’est), de courants de la gauche du SPD, d’altermondialistes et d’une fraction trotskyste ISL. Il s’articule principalement autour des ex-communistes et peut s’apparenter au Front de gauche en France (PCF, PG et GU). C’est (en tous les cas, ce qu’un parti comme) lui que le PG prend comme référence. Son programme est antilibéral, mais il serait abusif de le considérer comme radical ou anticapitaliste.
Au Portugal, le PCP, qui reste un parti orthodoxe au même titre que le KKE grec, n’appartient pas au PGE. Il est allié dans une coalition à un petit parti vert qu’il domine de fait (13 députés PCP et 2 députés verts au parlement). Il refuse toute alliance avec le Parti socialiste. Quant au Bloc de gauche, il est né en 1999 d’une coalition de partis d’extrême gauche d’origine trostkyste (PSR) et maoïste qui se sont dissous pour fusionner par la suite, avec la participation de dissidents communistes. Cette formation est beaucoup plus en phase avec les évolutions de la société que le PCP qui reste inexorablement fidèle à sa doctrine. Le Bloc de gauche est présent dans les luttes sociales, écologiques, féministes et altermondialistes. Il tente de répondre aux aspirations de la jeunesse qu’il parvient à intégrer en son sein (6 député-e-s sur 16 ont moins de 35 ans). Il refuse lui aussi toute alliance avec la social-démocratie et son programme est radical : il va au-delà de l’antilibéralisme et se rapproche d’options anticapitalistes. Le Bloc de Gauche est bien l’équivalent d’une gauche alternative.
Si les transpositions d’un pays à l’autre sont complexes du fait d’histoires différentes, l’analyse de la progression de la gauche antilibérale en Allemagne et d’une gauche anticapitaliste et alternative au Portugal, dissociée du Parti Communiste, peut nous donner quelques repères sur ce que nous pourrions réaliser en France. De ce point de vue, pour les Alternatifs, l’émergence d’une force alternative se pose et la nature des alliances électorales pour y parvenir n’est pas neutre.
Le 3 octobre 2009 Bruno Della Sudda et Richard Neuville