Article de la commission Éducation des Alternatifs
16 janvier 2010
La contre-réforme de la formation des enseignant-e-s s’inscrit dans la politique gouvernementale de casse du service public d’éducation et de sa privatisation rampante : réduction du recrutement des enseignant-e-s diplômés, précarisation du corps enseignant par le recours massif à des contractuels, formation professionnelle saccagée par la délégitimation de la pédagogie.
Cette réforme de la formation des enseignant-e-s s’inscrit dans un cadre européen sur l’Éducation qui est le processus de Bologne et qui vise à libéraliser les services publics d’Éducation à l’échelle européenne (Loi Libertés et Responsabilités des Universités qui annonce la privatisation des Universités…). Cette réforme transfère la formation des maîtres des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (gérés et financés par l’État) aux universités. Ce transfert sonne le glas d’une formation de même niveau à l’échelle nationale. Le semblant de cadrage national proposé par le ministère démontre que la formation dispensée au sein des universités dépendra du bon vouloir et des moyens financiers de celles-ci.
La contre-réforme du recrutement et de la formation des enseignant-e-s présentée par Darcos/Chatel obéit à une double logique de réduction des coûts et de sélection sociale :
Cette contre réforme s’appuie sur un très grand conservatisme pédagogique
Au total, cette contre-réforme est une régression considérable. Le décret du 28 juillet 2009, organisant la réforme du recrutement et de la formation des enseignant-e-s doit être retiré : les Alternatifs soutiennent sans réserve les luttes des étudiant-e-s et des personnels des IUFM qui combattent pour sauvegarder les acquis de ce lieu de formation. Cette lutte doit dépasser le cadre des IUFM et des universités pour être comprise de toute la société car elle concerne l’enseignement de demain. Le métier d’enseignant-e n’est pas inné et nécessite une formation de qualité.
La formation des enseignant-e-s de l’école publique nous concerne tous et toutes. Il nous faut ensemble nous opposer à cette nouvelle attaque du gouvernement contre l’école de nos enfants pour obtenir le retrait de cette contre-réforme.
Nous pensons que le cadre des IUFM doit être gardé afin de garantir une formation initiale égale sur tout le territoire [ainsi que le potentiel de formation et de recherche en terme de personnels, de moyens et de lieux de formation.
La formation initiale et continue doit être cependant profondément repensée : elle doit être co-élaborée avec les stagiaires, partir des pratiques, des besoins pour répondre aux problèmes qu’ils rencontrent et aux questions qu’ils se posent. Une collaboration plus étroite doit être envisagée entre les formateurs de terrain, l’IUFM, les mouvements pédagogiques, les recherches universitaires en psychologie de l’enfant et de l’adolescent et en sciences de l’éducation afin de permettre aux enseignant-e-s de transformer contenus et pratiques d’enseignement et donc de mettre en place une réelle démocratisation scolaire. L’enjeu est de permettre aux enseignant-e-s de se réapproprier la maîtrise des gestes de leur métier (loin des dispositifs extérieurs propulsés par les multiples hiérarchies administratives et pédagogiques qui peuplent l’Education Nationale) et de favoriser tout à la fois pratiques du travail en équipe, démocratie active et coopération, pour un système éducatif synonyme de service public, d’émancipation et d’autogestion.
Un texte plus approfondi accompagne cet article ; il est en cours de rédaction.