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Article de la commission Éducation des Alternatifs

Recrutement et formation des enseignant-e-s : une contre-réforme inacceptable

16 janvier 2010

La contre-réforme de la formation des enseignant-e-s s’inscrit dans la politique gouvernementale de casse du service public d’éducation et de sa privatisation rampante : réduction du recrutement des enseignant-e-s diplômés, précarisation du corps enseignant par le recours massif à des contractuels, formation professionnelle saccagée par la délégitimation de la pédagogie.


Cette réforme de la formation des enseignant-e-s s’inscrit dans un cadre européen sur l’Éducation qui est le processus de Bologne et qui vise à libéraliser les services publics d’Éducation à l’échelle européenne (Loi Libertés et Responsabilités des Universités qui annonce la privatisation des Universités…). Cette réforme transfère la formation des maîtres des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (gérés et financés par l’État) aux universités. Ce transfert sonne le glas d’une formation de même niveau à l’échelle nationale. Le semblant de cadrage national proposé par le ministère démontre que la formation dispensée au sein des universités dépendra du bon vouloir et des moyens financiers de celles-ci.

La contre-réforme du recrutement et de la formation des enseignant-e-s présentée par Darcos/Chatel obéit à une double logique de réduction des coûts et de sélection sociale :

  • Les concours pour devenir enseignant-e sont placés en début d’année de master 2 (Septembre et décembre). Pendant l’été, les officines privées vont pouvoir vendre des préparations intensives de concours.
  • L’année de M2 sera très chargée (Examens pour la validation du master, mémoire, préparation aux concours, stages). Il faudra 5 ans, voire 6 ans aux étudiant-e-s pour devenir enseignant-e-. Quelles catégories sociales d’étudiant-e-s pourront s’offrir un tel parcours de formation ?
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  • En raison du faible nombre de postes proposés aux concours, nombreux seront celles et ceux qui auront le master mais pas le concours. Ils seront donc recrutés sans concours, appelés à exercer dans de mauvaises conditions. Les enseignant-e-s diplômés, conservant leur statut, seront désormais noyé-e-s dans cette armée de réserve de non-diplômés, situation que d’autres services publics ont connu récemment, et le statut des enseignant-e-s sera de ce fait cassé progressivement.
  • L’année de stage, un-e- enseignant-e- du 2nd degré enseignera 12 heures (au lieu de 6H actuellement). Le ministère économise de l’argent en détruisant la formation par alternance qui existe aujourd’hui

Cette contre réforme s’appuie sur un très grand conservatisme pédagogique

  • la formation professionnelle des enseignant-e-s est totalement sacrifiée par cette réforme qui limite les connaissances requises aux savoirs disciplinaires et les compétences professionnelles à celles acquises lors de « stages » qui seront en réalité des remplacements d’enseignant-e-s titulaires par les étudiant-e-s
  • la formation proposée est délibérément appauvrie tant sur le plan disciplinaire que sur celui des pratiques. Celle des enseignants du primaire, par exemple, est resserrée autour de 3 aspects jugés centraux : le français, les math et (surtout ?) l’obéissance qui doit caractériser tout bon fonctionnaire, témoignage de la mise au pas des enseignants qu’entreprend le Ministère… Le combat mené par le mouvement des désobéissants est ici légitimé par le ministère qui lui donne à posteriori une nouvelle justification.

Au total, cette contre-réforme est une régression considérable. Le décret du 28 juillet 2009, organisant la réforme du recrutement et de la formation des enseignant-e-s doit être retiré : les Alternatifs soutiennent sans réserve les luttes des étudiant-e-s et des personnels des IUFM qui combattent pour sauvegarder les acquis de ce lieu de formation. Cette lutte doit dépasser le cadre des IUFM et des universités pour être comprise de toute la société car elle concerne l’enseignement de demain. Le métier d’enseignant-e n’est pas inné et nécessite une formation de qualité.

La formation des enseignant-e-s de l’école publique nous concerne tous et toutes. Il nous faut ensemble nous opposer à cette nouvelle attaque du gouvernement contre l’école de nos enfants pour obtenir le retrait de cette contre-réforme.

Nous pensons que le cadre des IUFM doit être gardé afin de garantir une formation initiale égale sur tout le territoire [ainsi que le potentiel de formation et de recherche en terme de personnels, de moyens et de lieux de formation.

La formation initiale et continue doit être cependant profondément repensée : elle doit être co-élaborée avec les stagiaires, partir des pratiques, des besoins pour répondre aux problèmes qu’ils rencontrent et aux questions qu’ils se posent. Une collaboration plus étroite doit être envisagée entre les formateurs de terrain, l’IUFM, les mouvements pédagogiques, les recherches universitaires en psychologie de l’enfant et de l’adolescent et en sciences de l’éducation afin de permettre aux enseignant-e-s de transformer contenus et pratiques d’enseignement et donc de mettre en place une réelle démocratisation scolaire. L’enjeu est de permettre aux enseignant-e-s de se réapproprier la maîtrise des gestes de leur métier (loin des dispositifs extérieurs propulsés par les multiples hiérarchies administratives et pédagogiques qui peuplent l’Education Nationale) et de favoriser tout à la fois pratiques du travail en équipe, démocratie active et coopération, pour un système éducatif synonyme de service public, d’émancipation et d’autogestion.

Portfolio

P.-S.

Un texte plus approfondi accompagne cet article ; il est en cours de rédaction.



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