du 4 avril 2010
Après les élections régionales s’ouvre une nouvelle période politique.
L’abstention reste un phénomène majeur, la désagrégation sociale y contribue de manière structurelle. Elle reflète aussi une crise des
institutions et de la représentation politique. Celle ci se vérifie dans
le succès de listes qui se sont maintenues au second tour : FN dans 12
régions, MODEM en Aquitaine, Europe Ecologie en Bretagne, Terre de Gauche
en Limousin.
S’ajoutent des données conjoncturelles comme la prise de distance d’une partie de l’électorat de droite à l’égard du sarkozysme.
Le FN réussit la première phase de mutation générationnelle et programmatique qui tend à le rapprocher d’autres formations d’extrême droite en Europe.
Le PS peut se féliciter de son bon résultat, mais aussi de la levée de l’hypothèque symbolique d’une alliance avec le MODEM, l’hypothèse politique d’un centre gauche restant entière au sein de ce parti.
L’accession au rôle de partenaire majeur d’Europe Ecologie présente des risques, notamment en raison de la proximité des électorats écolo et PS, facteur de concurrence, et des divergences en terme de projet au sein d’EE, mais ouvre de réelles possibilités d’alliance largement débarrassée de la pression sociale que pouvait subir et exprimer le PCF.
A gauche du PS les résultats sont ambivalents : le NPA régresse nettement, le Front de Gauche, allié ou non à d’autres forces, ne crée pas une réelle dynamique mais maintient sa présence. Les alliances larges de la gauche de transformation sociale et écologique ont connu des résultats divers, le succès dans le Limousin est cependant un signe positif. Dans plusieurs régions, les solidarités, les convergences nées la campagne régionale peuvent se prolonger.
La droite est traversée par un débat sur le candidat le mieux à même de mener la campagne présidentielle, quelques voix discordantes s’expriment en son sein sur certains aspects de sa politique sociale et fiscale, mais elle maintient le cap sur l’essentiel de ses fondamentaux comme la réduction des dépenses publiques ou le renforcement des mesures anti-immigrés. La dimension répressive de la politique gouvernementale est également accentuée.
La crise globale multiforme se traduit par des destructions massives d’emplois et une dégradation accélérée de l’environnement. Malgré leur déclin, les États-Unis conservent leur hégémonie (présence militaire maintenue en Irak, renforcée en Afghanistan et en Amérique Latine). L’état d’Israël maintient son étau sur les territoires palestiniens sans que s’esquissent les possibilités de résolution du conflit. L’Union Européenne renforce sa présence dans le monde en tant que puissance en négociant des accords de libre-échange comme par exemple en Amérique du Sud. L’échec du sommet de Copenhague sur le climat n’est pas surmonté. Le modèle capitaliste n’est pas en mesure de résoudre la crise écologique._
Dans toute l’Europe, des attaques majeures contre les droits et conditions de vie des classes populaires s’engagent ou vont s’engager sous la pression des marchés. La première ligne de partage à gauche se fera entre l’acceptation, à l’instar du gouvernement grec, de mener des politiques antisociales, ou une orientation dans le sens d’une nouvelle répartition des richesses et d’une économie solidaire et écologique.
La gauche de transformation écologiste et sociale ne doit pas dissocier trois terrains : celui de l’unité, celui de la mobilisation, celui du projet. Car si le système capitaliste-productiviste est délégitimé, notamment par le parasitisme du système financer et de ses dirigeants, un projet alternatif large reste en gestation. Ni une orientation centrée sur la seule résistance sociale, ni une limitation au champ de la crise écologique ne sont à même de porter le projet d’émancipation.
Les Alternatifs porteront leur action sur les trois terrains du projet, de la mobilisation, de l’unité. C’est en combinant ces trois dimensions que pourront être affrontés les risques de division induits par la présidentialisation du débat politique.