Accueil du site > Université d’été

Université d’été

Dernier ajout : 11 septembre 2009.


  • Intervention à l’Université d’été
     

    Une stratégie autogestionnaire

    par Bruno Della Sudda

    La juxtaposition des termes stratégie et autogestion peut surprendre Le premier a une connotation militaire, tandis que l’autre renvoie à l’expression des aspirations à l’autodétermination et à l’émancipation humaine.

    La stratégie, c’est, ici dans le domaine politique, le moyen de la prise du pouvoir Mais c’est de l’autogestion qu’il faut partir : de quoi s’agit-il au juste ? Est-ce « une vieille lune », sur fond de nostalgie soixante-huitarde ? Ou s’agit-il plutôt d’une question redevenue très actuelle, à travers des pratiques mutiformes et des aspirations vivaces, tant dans le monde du travail que dans la commune ? Nous partons d’une première hypothèse : l’autogestion est à la fois un moyen et un but.
    Mais alors comment la relier à la question de la prise de pouvoir et en quoi doit-elle être au coeur d’un projet alternatif au capitalisme ?
    Nous partons d’une seconde hypothèse : ni consécutive au « grand soir » ni consécutive à une « révolution par les urnes », l’autogestion précède et prépare les ruptures ; l’autogestion n’est cependant généralisable que combinée au terme d’un processus, celui d’une révolution longue.
    Enfin, l’autogestion invalide-t-elle la nécessité de structures organisées : associations, syndicats, forces politiques ?
    C’est parfois ce que nous entendons autour de nous, et il y a quelques raisons à cela.
    Nous pensons l’inverse : s’organiser est encore et toujours nécessaire, les structures collectives demeurent indispensables.
    Mais c’est la fonction de ces structures, leur rôle et leur rapport à la société qu’il nous faut repenser.

    1 L’AUTOGESTION DANS L’HISTOIRE : PRESENTE DANS CHAQUE CRISE ET DANS LES DEBATS DU MOUVEMENT OUVRIER

    De la Commune de Paris (1871) à la Révolution polonaise (1980-1981), à l’Est comme à l’Ouest, l’autogestion est présente à tous les rendez-vous des crises révolutionnaires de la fin du XIX° siècle et du XX° siècle, ces moments où la question du pouvoir politique est posée à la suite de très fortes mobilisations populaires.
    Dans un tel contexte, l’autogestion n’est jamais un a-priori idéologique, jamais une décision d’état-major.
    L’autogestion est toujours une réponse immédiate et collective, une réponse concrète à un problème concret : la vacance du pouvoir « en bas » qui entraine un processus de remise en route de la production ouvrière et paysanne par les travailleuses et les travailleurs eux-mêmes/elles-mêmes.
    On retrouve ainsi l’autogestion, de manière plus ou moins forte, non seulement dans les deux exemples déjà cités, mais aussi entre-autres dans la double révolution russe de 1917, dans l’Italie des conseils du début des années 1920, en Catalogne en 1936, à la Libération en 1944 (en France et en Tchécoslovaquie par exemple), dans la Révolution hongroise de 1956, à l’occasion du Printemps de Prague en 1968, au moment de la Révolution des Oeillets de 1974-1975 au Portugal…
    Plus loin de nous sur le plan géographique, l’autogestion est aussi présente dans l’effervescence de la Révolution algérienne en 1962-1963 au lendemain de l’indépendance -il s’agit d’une autogestion paysanne-, au moment de l’Unité populaire au Chili (1972), au tout début de la Révolution iranienne de 1979 (avant que la chape de plomb des mollahs ne confisque cette révolution), au Chiapas après l’insurrection zapatiste de 1994.

    A chaque fois, le déploiement de ces expériences autogestionnaires prend fin quand arrive le reflux, ou à fortiori en cas de contre-révolution : l’autogestion généralisée est incompatible avec le capitalisme ou l’ordre bureaucratique.

    A l’intersection des crises révolutionnaires et des débats du mouvement ouvrier, il y a le cas yougoslave et sa singularité : en 1950, l’autogestion est mise en place après la rupture entre Tito et Staline, elle devient une référence officielle à l’échelle d’un Etat, la Yougoslavie.
    L’autogestion yougoslave est à la fois une autogestion « par le haut », sous la direction de l’Etat et du « parti unique » (la LCY), et une autogestion « par le bas » : celle de la mobilisation et des aspirations populaires dans la continuité de l’extraordinaire résistance autonome ayant libéré la Yougoslavie du fascisme en 1944-1945.
    L’expérience yougoslave est d’une formidable richesse : on en retiendra en terme d’acquis et de limites le premier schisme dans le mouvement communiste avec une référence autogestionnaire, l’autogestion au coeur du système économique et politique, mais aussi l’autogestion corsetée dans le système du « parti-Etat » et du « parti unique », et l’articulation non-résolue entre plan, marché et autogestion (question qui nous interroge encore aujourd’hui).

    L’autogestion est toujours présente dans les débats du mouvement ouvrier mais c’est souvent une présence « en creux » : elle est inassimilable par les courants majeurs que sont la social-démocratie et le stalinisme tout au long du XX° siècle, et elle est suspecte aux yeux de l’extrême-gauche classique de type trotskyste ou maoïste dans leur apogée des années 1960 et 1970.
    L’autogestion ne sera défendue qu’à la marge et dans les courants critiques des partis sociaux-démocrates et staliniens, et par les courants libertaires (la faiblesse majeure de ces derniers étant de ne pas établir de lien entre l’autogestion et une stratégie transitoire posant la question du pouvoir politique).

    Le cas de la France est cependant spécifique : l’autogestion deviendra après mai 68 une référence revendiquée par des secteurs de plus en plus larges du mouvement ouvrier, sur le plan politique et syndical : le PSU et de manière plus ou moins ambigüe une partie de l’extrême-gauche (ambigüe car l’autogestion est renvoyée « aux lendemains de la révolution », sauf pour les libertaires et les marxistes autogestionnaires de l’AMR), puis par le PS qui tente de capter sur le plan électoral la radicalité d’alors, par le PCF enfin de manière très formelle ; et surtout par la force montante du syndicalisme dans les années 1970, vers laquelle affluent de nouvelles générations attirées aussi par l’écologie, le féminisme et le « soutien aux immigrés » : la CFDT.

    Mais l’autogestion ne se limite en aucun cas à des expériences uniquement liées aux crises révolutionnaires : elle existe aussi dans des périodes de forte conflictualité sociale, ou même en période de reflux social ou politique

    Ainsi, dans l’après mai 68, l’autogestion sera la réponse des travailleurs/travailleuses de Lip en France à partir de 1973, avec un impact international (« On fabrique, on vend, on se paie ») et la démonstration faite qu’ « un patron a besoin des ouvrier-e-s mais que les ouvrier-e-s n’ont pas besoin de patron », ou encore de Lucas Aerospace en Angleterre, expérience moins connue mais passionnante : dans ce cas, c’est aussi le contenu de la production qui a été remis en cause (et posée ainsi la question de la reconversion, en l’occurrence d’une production militaire à une production civile) par le plan alternatif élaboré en 1976 par les salarié-e-s, avec l’aide d’experts extérieurs à l’entreprise.

    Plus proches de nous dans le temps, les expériences elles-aussi passionnantes de la mine de charbon de Tower Colliery au Pays de Galles (mise en lumière par le film de JM Carré, « Charbons ardents », 1999) à partir de 1994 ; ou encore de la coopérative ouvrière de Mondragon au Pays Basque aux racines anciennes et souvent considérée à partir de 1985 comme la plus importante coopérative ouvrière au monde

    L’expérience de Mondragon n’est pas isolée : elle symbolise ce qu’on pourrait appeler « l’autogestion discrète », c’est-à-dire la persistance et le développement, en dehors des crises révolutionnaires et des périodes de forte conflictualité sociale, de pratiques autogestionnaires au travers du mouvement coopératif.

    Les limites et les contradictions du mouvement coopératif, inhérentes à la pression du contexte capitaliste, n’empêchent qu’au travers de ce mouvement s’expriment des aspirations autogestionnaires, la volonté de vivre dès aujourd’hui d’autres relations sociales, un autre rapport au travail, qui préfigurent et préparent le projet alternatif et la société autogestionnaire de demain.

    2 ACTUALITE DE L’AUTOGESTION : CAPITALISME MONDIALISE, CRISE DEMOCRATIQUE, AMERIQUE LATINE

    Le capitalisme à l’heure de la mondialisation libérale a des aspects très contradictoires : nous ne connaissons que trop bien les conséquences dramatiques de la « globalisation » à travers l’aggravation brutale des inégalités et de la crise écologique, la financiarisation des économies, et la crise actuelle résultat de plus de 20 ans d’offensive néo-libérale.
    Nous voyons moins d’autres tendances à l’oeuvre, tout aussi importantes et source de contradictions majeures pour le capitalisme : les modifications de la production à travers la tendance à une socialisation et une coopération accrues -même si elle ne concerne ni toute la production ni tous les emplois-, l’élévation générale du niveau moyen de formation et de qualification des populations, et les aspirations qui en découlent : partager le savoir et le pouvoir, réduire les relations hiérarchiques et la délégation de pouvoir, prendre ses affaires en mains, et ce dans toute la société.

    L’une des conséquences du processus de globalisation est l’accélération de la crise de la démocratie représentative ou institutionnelle, « rabougrie » par le capitalisme mondialisé qui en réduit les compétences.
    La démocratie représentative apparaît de plus en plus comme séparée de la société, à travers de multiples aspects, en particulier l’abstention électorale comme on vient de le voir avec le dernier scrutin européen d’abord marqué par l’abstention massive des milieux populaires et de la jeunesse.
    Du reste, le capitalisme croit pouvoir s’accomoder de l’effacement de cette démocratie représentative « rabougrie », avec la mise an avant du concept de « gouvernance » (effacement qui aurait l’avantage d’éloigner les peuples et de confier les rênes de la marche du monde aux « élites »).
    La crise de la politique et de sa représentation est de plus en plus nette, elle touche toutes les structures collectives (partis, syndicats, associations, comme on le voit avec les difficultés récurrentes à renouveler les équipes) en lien avec la montée de l’individuation, elle-même contradictoire (on aurait tort de n’y voir qu’une expression individualiste régressive : il y a aussi des aspirations à ne pas subir et à ne pas déléguer qui peuvent être, selon le contexte, un point d’appui pour l’autogestion).

    Au capitalisme mondialisé et à la crise de la démocratie, répondent de nouvelles contestations et ce qu’on peut appeler le retour de l’autogestion Car depuis la dégradation des rapports de forces au sortir des « 30 glorieuses » et de la chute du Mur (1989) ouvrant la voie à l’offensive neo-libérale des années 1980-1990, l’autogestion a disparu du paysage politique, et ne s’est maintenue que sous la forme de « l’autogestion discète » évoquée précédemment.

    Mais après le retour des mouvement sociaux et des mobilisations citoyennes en France et en Europe à partir du milieu des années 1990, l’émergence de l’antimondialisme et sa mutation très rapide en altermondialisme vont changer la donne et signer le retour de l’autogestion dans le paysage social et politique.

    Car non seulement les pratiques coopératives se sont maintenues et même développées, mais l’économie sociale et solidaire apparaît de manière croissante comme un recours (il ne s’agit pas ici d’en évoquer les ambiguïtés bien réelles et que nous connaissons bien) et les expériences autogestionnaires touchent aussi aux pratiques et à la production culturelle.

    Mais plus important encore est le déploiement d’expériences de démocratie dite participative ou active sur le terrain des communes et des collectivités territoriales (avec en particulier le processus du budget participatif) et de nouvelles expériences autogestionnaires en Amérique Latine, en particulier en Argentine (l’essor des « entreprises récupérées ») et dans le cadre du processus en cours au Venezuela.

    Porto-Alegre a été à la jonction du déploiement de ces expériences autogestionnaires parcellaires et de la mutation altermondialiste, avec les caractéristiques nouvelles de ce nouveau mouvement d’émancipation, perceptibles dans les Forums sociaux : croisement des mouvements de contestation, fonctionnement « horizontal » en réseau et au consensus, recul des comportements hégémoniques et des hiérarchies autant pour les mouvements entre-eux que pour les structures elles-mêmes.

    Si l’impulsion est venue d’Amérique Latine, avec une dialectique féconde entre ces expériences et les changements politiques de grande ampleur dans ce continent, il y a aussi une percée des pratiques et des expériences autogestionnaires, certes beaucoup plus modeste, ailleurs dans le monde, comme le révèle l’extension certes encore limitée mais réelle de l’altermondialisme en Asie et en Afrique. Les difficultés, bien réelles, de l’altermondialisme à la recherche d’un second souffle en Europe mais dont l’essor continue ailleurs dans le monde, ne doivent pas dissimuler cette percée prometteuse pour l’avenir.

    3 UNE STRATEGIE AUTOGESTIONNAIRE : DES AUJOURD’HUI !

    L’autogestion n’est donc pas une « vieille lune » : c’est aujourd’hui comme hier à la fois un moyen et un but, et pour les Alternatifs, il ne s’agit pas simplement d’enregistrer les pratiques coopératives au sens le plus large et les expériences autogestionnaires en cours et à venir, mais bien de les relier à la question de la prise du pouvoir et du projet de société.

    L’autogestion est aussi une stratégie, et en cela elle renouvelle la problématique du changement de société, la problématique de la révolution.

    Ce qui définit la stratégie autogestionnaire, c’est d’abord la prise en compte des mouvement sociaux et des mobilisations citoyennes dans lesquels sont combinées contestation radicale (même sur des objectifs partiels et limités) et propositions alternatives et dont toute avancée, même modeste, permet à la fois d’améliorer le rapport de forces, de redonner confiance, et d’ébranler la pensée dominante (celle qui justifie l’ordre établi).

    Dans ces mouvements et ces mobilisations, la stratégie autogestionnaire favorise à la fois l’auto-organisation (ce qui ne signifie pas le refus des structures organisées : celles-ci sont nécessaires mais sans avoir un rôle dirigeant et sans être le « cadre obligé ») et les pratiques coopératives et les expériences autogestionnaires dans la production et la cité.

    La stratégie autogestionnaire est favorable à tous les mouvements de résistance à l’ordre établi, toutes les pratiques de remise en cause des dominations et des aliénations à tous les niveaux de la société et dans tous les domaines.

    La stratégie autogestionnaire prend appui sur toutes ces pratiques et expériences : dans la mesure où elles constituent des ruptures, même limitées et partielles, avec le capitalisme, les dominations et les aliénations, la stratégie autogestionnaire veut les inscrire dans un processus et une perspective politiques, sans ignorer que ces ruptures ne se situeront pas toutes au même niveau et qu’un seuil qualitatif ne sera pas atteint sans affrontement majeur avec le capitalisme.

    Un processus : c’est ce que nous appelons la révolution longue, faite de ruptures partielles, d’avancées -et parfois de reculs car ce processus n’est pas nécessairement linéaire-, de construction d’un rapport de forces permettant ultérieurement d’autres avancées et d’autres ruptures, assumées et construites par une majorité de la population, un nouveau bloc social autour du salariat.

    Une perspective : celle de l’autogestion généralisée et de la république autogérée.

    Dans ce processus et cette perspective, c’est l’accumulation des ruptures assumées et construites par une majorité populaire qui rend possible l’hégémonie au sens où l’entendait Antonio Gramsci, fondateur et théoricien du Parti communiste italien, réduisant les germes et les risques de bureaucratisation et de substitutisme de la révolution par une avant-garde auto-proclamée.

    La question du pouvoir politique, de l’autogestion et de la révolution ne se pose donc pas dans les termes posés par l’extrême-gauche classique : celle-ci, sur le modèle bolchevik, renvoie l’autogestion à l’après-révolution, sous prétexte que l’autogestion ne peut se déployer et se généraliser dans un cadre capitaliste, sous prétexte également du postulat d’une seule rupture révolutionnaire plutôt que d’une accumulation de ruptures constituant un processus révolutionnaire.

    Pour les autogestionnaires, les pratiques coopératives et les expériences autogestionnaires existent déjà et elles sont indispensables précisément pour préparer, rendre possible et remporter les affrontements futurs et inévitables avec le capitalisme ; une révolution demeure nécessaire : c’est le processus de la révolution longue.
    Dans ces pratiques et ces expériences, les ruptures sont en germe et déjà présentes, même limitées et partielles, elles annoncent et rendent possibles les suivantes.

    Le pouvoir politique est le pouvoir populaire, le pouvoir citoyen ; il n’est en aucun cas celui d’un parti ou de tout autre structure organisée ; la démocratie directe ou active n’est pas celle de la consultation mais celle de la participation de toutes et de tous au processus de décision, en réduisant et contrôlant toute délégation de pouvoir (le maintien d’une démocratie représentative rendant impossible sa disparition immédiate).

    Ainsi, la stratégie autogestionnaire doit être mise en oeuvre sans attendre ni « le grand soir » cher à l’extrême-gauche classique ni « la révolution par les urnes » remise récemment au goût du jour : c’est dès aujourd’hui qu’elle commence, sans attendre ni le mot d’ordre du déclenchement de l’insurrection, ni la victoire électorale ou la soumission aux institutions bourgeoises, tout en veillant à la validation par une majorité populaire du processus en cours, y compris par voie électorale

    De même qu’il a été nécessaire de repenser la démocratie, de la « démocratiser radicalement », c’est aussi la révolution qu’il faut « révolutionner radicalement » : on ne reproduira pas à l’échelle du monde, dans les sociétés du XIX° siècle, les schémas des révolutions du XX° siècle dans les périphéries du capitalisme

    4 PAS DE STRATEGIE AUTOGESTIONNAIRE SANS PROJET ALTERNATIF

    Dans les consciences collectives et particulièrement dans les nouvelles générations, le socialisme et plus encore le communisme sont synonymes d’échec à changer le monde, y compris aux yeux de celles et de ceux qui aspirent à un changement radical.

    On peut faire le pari que celles et ceux qui continuent de s’en réclamer dans le mouvement altermondialiste, par exemple, y sont certainement très minoritaires.

    Le bilan dramatique des révolutions anti-capitalistes du XX° siècle oblige non seulement à repenser radicalement la stratégie de la révolution, mais aussi le projet de société lui-même.

    Ce bilan nous oblige à « donner à voir », à celles et ceux qui veulent un changement radical, comme à celles et ceux qui par prudence préfèrent encore subir le capitalisme « tempéré par la démocratie » plutôt que l’enfermement bureaucratique ou la répression sanglante.

    Nous devons donc montrer -au moins partiellement- le contenu de ce projet de société et donner toutes les garanties démocratiques, y compris sur le terrain de son élaboration.

    Celle-ci ne pourra s’effectuer que dans une combinaison d’expériences politiques et sociales, beaucoup plus larges encore que celles que nous connaissons, et de débats et théorisations non pas à l’échelle d’un pays mais à l’échelle du continent et du monde.

    C’est bien ce qui justifie sur le fond le refus de s’enfermer dans l’entre-soi ou dans le sectarisme, et ce qui oblige à l’action commune et au débat unitaire, au-delà de la nécessité de construire de meilleurs rapports de force : aucune force politique n’a à elle-seule les clés de cette élaboration indispensable, celle d’un projet alternatif.

    Cette élaboration doit porter sur l’ensemble des champs sociaux, et s’appuyer en particulier sur les pratiques coopératives et les expériences autogestionnaires sur le terrain de la production et sur celui de la cité : la matière existe, notamment au travers des expériences en cours en Amérique Latine, de l’Argentine au Venezuela (sans en faire pour autant des modèles).

    Nous devons être en mesure de préciser ce que nous entendons par changement radical dans l’entreprise comme dans la commune, proposer et expérimenter, soumettre à la réflexion et à la critique de l’ensemble des forces politiques qui prétendent au changement de société, aux forces syndicales et associatives, dans les Forums sociaux à toutes les échelles.

    La stratégie autogestionnaire et l’élaboration d’un projet alternatif sont liées dans une dialectique ; l’autogestion est aussi une culture, cette culture est une condition de la révolution et elle exige tout à la fois une démocratisation de la production et d’autres rapports de propriété, de même qu’elle nous impose l’invention de nouvelles institutions politiques à toutes les échelles, du local au mondial.

    Le projet alternatif sera autogestionnaire, mais pas seulement : ce projet sera aussi celui de l’émancipation sociale et de l’égalité des droits, reprenant et prolongeant les aspirations qui se sont exprimées au travers des références socialistes et communistes ; il sera aussi et tout autant celui du féminisme et de l’écologie.

    Toutes ces dimensions du projet alternatif sont liées les unes aux autres, sans hiérarchie, ce qui différencie ce projet, à la fois :

    • du « vieux paradigme rouge » cher à la tradition communiste et à l’extrême-gauche qui prétend tout au long du XX° siècle réduire tous les problèmes de société à la contradiction capital-travail puis les résoudre par la révolution socialiste ;
    • du « nouveau paradigme vert » cher aux partis écologistes de la fin du XX° siècle qui prétend les expliquer et les résoudre, lui, par la seule référence à l’écologie.

    C’est le défi d’une nouvelle synthèse qui caractérise le projet alternatif, comme nous le dit le mouvement altermondialiste qui se refuse avec raison à hiérarchiser ces dimensions du projet et ces terrains de lutte au quotidien.

    5 D’AUTRES INSTITUTIONS, D’AUTRES PRATIQUES ET D’AUTRES STRUCTURES ; LE PARTI-MOUVEMENT

    Crise de la démocratie représentative et institutionnelle, aspirations autogestionnaires, nécessité d’un projet alternatif : une autre démocratie, embryonnaire, émerge au travers du monde coopératif et des expériences autogestionnaires, mais aussi dans la cité.

    La démocratie directe ou active, édulcorée en « démocratie participative », peut-elle, doit-elle, prendre la place de la démocratie représentative et institutionnelle ? C’est une autre voie qui se dégage, nourrie par l’expérience et le bilan de l’échec des révolutions anti-capitalistes du XX° siècle : ni la « table-rase » qui prétendrait effacer la « vieille démocratie » représentative, ni la soumission qui voudrait utiliser -comme on l’entend parfois au PS et même à droite- la « démocratie participative » comme rustine de la démocratie représentative, mais l’invention d’une complémentarité entre démocratie directe ou active et démocratie représentative elle-même profondément renouvelée.

    Cette complémentarité peut et sera probablement conflictuelle : d’un point de vue alternatif et dans cette optique conflictuelle, c’est l’élargissement de la démocratie active qu’il convient de viser de manière générale, y compris au détriment des prérogatives de la démocratie représentative, « en appuyant en bas sans briser le haut ».

    Ce point de vue, une fois encore, ne peut dispenser de réfléchir à un renouvellement profond et radical de la démocratie représentative elle-même : du quartier et de la commune à l’échelle du monde, c’est l’ensemble des institutions qu’il convient de repenser à la fois en terme de contenu et d’articulation entre les différentes échelles.

    Si l’autogestion est aussi une culture, celle-ci est déjà présente dans le mouvement altermondialiste, et l’organisation et la tenue des Forums sociaux -qu’il ne s’agit nullement d’idéaliser, car elle a sa part de limites et de contradictions que nous connaissons bien- « donne à voir » de manière significative : le fonctionnement en réseau, la pratique du consensus, le refus des hiérarchies et des chefs d’orchestre, la coopération horizontale des organisations qu’elles soient associatives, syndicales ou politiques.

    C’est une nouveauté majeure, faite ici de pratiques plus que de théorisations, par rapport à l’histoire du mouvement ouvrier organisé qui est restée marquée par le primat du « parti » sur les syndicats (eux-mêmes primant sur les larges masses), avec toutes les pratiques de domination, de soumission et de manipulation qui en ont résulté (et qui contribuent elles-aussi à la crise de la politique et de sa représentation).

    Le mouvement altermondialiste innove donc de manière décisive sur ce plan, comme sur d’autres par ailleurs : la nouvelle culture politique autogestionnaire, en gestation dans l’altermondialisme, commence par de nouvelles pratiques qui sont celles-là même que nous devons faire vivre dans les structures politiques.

    La réduction et le contrôle de la délégation de pouvoir, la fin des hiérarchies et la priorité au travail en équipe et au projet, la déprofessionnalisation et le non-cumul strict des mandats -de même que leur limitation drastique- sont des exigences absolues pour un nouveau fonctionnement des structures politiques, et plus généralement des structures organisées, syndicales comme associatives.

    Ayons à l’esprit que ces exigences sont également nécessaires d’un point de vue féministe pour rendre possible une participation paritaire aux affaires de la cité, comme elles le sont d’un point de vue social pour la participation des milieux populaires : ce qui est en jeu ici, c’est la socialisation de la politique, celle-ci doit devenir l’affaire de toutes et de tous.

    Ce sont toutes ces données qui condamnent toute prétention au « parti-guide », et conduisent à un bilan sans complaisance d’une conception de l’organisation politique qui a dominé toute l’histoire du mouvement ouvrier organisé : pyramidale, verticale et autoritaire, confisquant la politique à sa façon, machine électorale et tremplin de carrière pour les élu-e-s et les dirigeants.

    La remarque vaut aussi, dans une moindre mesure car le phénomène est beaucoup plus récent dans l’histoire, pour les partis écologistes dont on n’a pas oublié la prétention dans les années 1990 à domestiquer et manipuler les mobilisations écologistes et les activités du mouvement associatif défenseur de l’environnement.

    Dans le contexte du capitalisme, s’organiser pour résister, construire un rapport de forces et lutter, mais aussi pour débattre, élaborer et proposer, demeure évidemment indispensable et fondamental.

    Mais sur le plan politique il faut le faire différemment et on ne peut se contenter de professions de foi et d’engagements démocratiques -par ailleurs indispensables- : dans ce domaine aussi, nous devons « donner à voir », d’autant plus que le bilan des « partis », en pleine crise, est lui-aussi accablant, y compris à gauche, et pas seulement en France ou en Europe.

    D’où la proposition réaffirmée au congrès des Alternatifs de novembre 2008 : la perspective non pas d’un « parti » mais d’un « parti-mouvement » spécifique par rapport aux autres structures organisées comme les syndicats et les associations : une structure politique est « généraliste », peut et doit jouer le rôle de synthèse (ce que ne peuvent faire ni les syndicats ni les associations dont l’existence est indispensable mais dont l’objet est auto-limité).

    Un « parti-mouvement », c’est-à-dire une organisation politique d’un type nouveau :

    • son fonctionnement serait celui d’un mouvement et d’un « intellectuel collectif », au fonctionnement autogestionnaire, avec la démocratie interne, la souplesse, le pluralisme assumé, le droit à l’expérimentation et l’initiative des structures de base absents des « partis » à l’ancienne ;
    • son rôle serait celui de l’impulsion et de l’animation, jamais de la « direction » des mobilisations ou de la société ;
    • sa fonction reprendrait le flambeau de ce qu’il convient de conserver dans le « parti » d’autrefois : la mémoire, la socialisation et l’ancrage populaire qui font défaut aujourd’hui aux forces dispersées de la gauche dite antilibérale

    Deux interrogations qui pourraient être des pistes fécondes en guise de conclusion :

    • la crise de la démocratie représentative et institutionnelle n’est-elle pas plus profonde encore que nous le disons ? Alain Badiou -dont on ne partage pas nécessairement l’ensemble du propos et sa conclusion- ne pointe-t-il pas un vrai problème quand il évoque les limites historiques et géographiques de la démocratie représentative ?
    • l’autogestion, moyen et but, pratique et stratégie, ne répond-elle pas également à ce qui s’exprime au travers de l’individuation ? L’autogestion ne permet-elle pas de réconcilier l’engagement collectif et l’épanouissement personnel, l’expression du meilleur de soi-même ? Le titre de l’interview récente de Rachel Lafontaine à « Politis » dit que « L’autogestion permet l’émancipation » : n’est-ce pas aussi ce que nous disent les actrices et les acteurs des expériences autogestionnaires de Lip ou de Tower Colliery dans les films et les reportages consacrés à ces expériences ?
  • Atelier de l’Université d’été
     

    Autogestion en Amérique latine

    par Richard Neuville, commission internationale des Alternatifs

    Depuis 15 années, l’Amérique Latine est probablement le principal foyer de résistance à la mondialisation capitaliste. En janvier 1994, l’insurrection zapatiste contre l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA) a marqué le point de départ de cette résistance, elle a été suivie par des mouvements indigènes en Equateur puis en Bolivie. L’Amérique latine est également, à bien des égards, un lieu d’innovation politique et sociale.

    La résistance au modèle de domination de l’Empire se traduit sous deux formes :

    • d’un coté, par la désignation de nouveaux pouvoirs qui se situent en rupture avec la logique libérale et qui interrogent clairement les formes d’institutions et la démocratie formelle et,
    • de l’autre, par l’émergence et le renforcement des mouvements sociaux qui posent, entre autres, la question de l’appropriation sociale. Loin d’être opposables, ces deux formes sont complémentaires. En effet, dans plusieurs pays, l’accumulation de forces des mouvements sociaux a permis des changements de gouvernements ou de faire pression sur les pouvoirs en place.

    Au niveau institutionnel, à peine élus les dirigeants élus au Venezuela, en Bolivie et en Equateur ont convoqué des assemblées constituantes pour changer leurs constitutions respectives et réformer fondamentalement les institutions en instaurant formellement la démocratie participative. Dans le cas du Venezuela, la mise en place de plus de 33 500 conseils communaux (mars 2009) et des instances de contrôle populaire sur les programmes et les fonds publics sont les formes les plus visibles de ces changements. Il existe une véritable ré-appropriation de la politique par le peuple qui se traduit au quotidien par une plus grande implication des classes populaires dans la décision et la gestion des programmes sociaux mais aussi au niveau du taux de participation lors des consultations électorales.

    Après la crise argentine de décembre 2001, le mouvement de récupération des entreprises est venu rappeler que l’appropriation sociale des moyens des productions est depuis longtemps un objectif du mouvement ouvrier. Ce mouvement impulsé par des travailleurs victimes de la spéculation a pris des formes diverses et reste encore limité mais il a permis de rappeler qu’une alternative est possible. Il existe également un mouvement d’ampleur au Brésil, qui est antérieur au processus argentin. Au Venezuela, le gouvernement bolivarien a largement contribué au développement des coopératives et au nouveau modèle de cogestion de grandes entreprises récupérées en légiférant dans ce sens. La coordination des mouvements de récupération des entreprises au niveau latino-américain a permis de renforcer cette ré-appropriation de la production et de développer les échanges entre-elles.

    Pour les autogestionnaires que nous sommes, l’Amérique latine est, bel et bien, devenue un laboratoire social. Les expériences sont diverses : tantôt impulsées par les pouvoirs, tantôt par les mouvements sociaux. Les formes d’organisation des principaux mouvements sociaux que sont le mouvement des sans-terres au Brésil, la CONAIE (mouvement indigène) en Equateur, les piqueteros (mouvements des sans travail) en Argentine, la Marche mondiale des femmes se situent bien souvent en rupture avec les formes de luttes traditionnelles du mouvement ouvrier et sont les lieux d’élaboration et de mise en œuvre de nouvelles pratiques sociales qui privilégient la démocratie active et l’émancipation.

    Mon exposé se limitera à deux types d’expériences correspondant à deux pays qui présentent des caractéristiques bien différentes : L’Argentine et le Venezuela :

    • Pour le 1er : les expériences ont été impulsées par les mouvements sociaux et la base.
    • Pour le 2nd : l’Etat joue un rôle essentiel pour impulser les instances de concertation et de décision même s’il y a des luttes à la base.

     I. L’Argentine :

    La crise de décembre 2001, qui intervient après 4 années de dépression (politiques de « financiarisation » de Menem et De la Rua), a provoqué une révolte populaire et l’émergence de nouvelles formes de lutte et de résistance : les Assemblées populaires et la récupération des entreprises par les travailleurs et le renforcement des mouvements de « piqueteros ».

    Le mouvement de récupérations d’entreprises par les travailleurs :
    C’est d’abord le résultat de fermetures d’entreprises du secteur industriel liées à la crise économique mais surtout dues à des gestions frauduleuses. Le phénomène de récupération se produit avant la fermeture ou la crise terminale et consiste à poursuivre l’activité de l’entreprise sous la forme d’autogestion ouvrière.
    Entre 1995 et 2002, des milliers d’entreprises ont fermé leurs portes entraînant la perte de centaines de milliers d’emplois. Cette insécurité a entraîné le désespoir et à partir de 2001, des milliers de travailleurs ont décidé d’occuper leurs usines et de résister aux tentatives d’expulsions pour gérer la production. Il s’agit donc d’un processus pragmatique. C’est la crise du capital qui a déplacé l’axe de la lutte.
    Les travailleurs défendent l’outil de travail par l’occupation matérielle des entreprises dans le but de redémarrer plus tard le processus de production sous une forme de gestion directe. Ils entendent imposer leur décision avant l’application d’une décision de justice : la déclaration de faillites et ensuite l’expropriation de l’entreprise.
    Eduardo Lucita de l’association des économistes de gauche (EDI) observe des changements importants dans ces expériences :

    • d’un coté, la subversion dans la prise de contrôle des entreprises par l’organisation ouvrière et,
    • de l’autre, le coté défensif dans l’instinct de survie pour défendre la source de travail et nourrir son foyer. Il relève également des changements dans les relations sociales :
    • Récupération des valeurs démocratiques
    • Capacité collective d’innovation
    • Eradication du despotisme patronal
    • Humanisation des relations de production.

    En 2009, la majorité des entreprises sous gestion ouvrière ont stabilisé leur situation au niveau juridique et économique, hormis Zanon, l’hôtel Bauen et Renacer qui n’ont pas encore obtenu de lois d’expropriation mais qui continuent à lutter. Zanon en est une illustration. Au moment de l’occupation, elle avait 240 travailleurs, aujourd’hui elle a 470 travailleurs.

    Il existe 220 entreprises récupérées, réparties dans 17 provinces, qui emploient 22 000 travailleurs en forme directe et 20 000 en forme indirecte. Ce mouvement s’inscrit dans la conscience historique profonde du mouvement ouvrier argentin car il y a déjà eu des récupérations dans les années 60. (G.Almeyra)
    Après l’apogée de 2001-2003, le mouvement s’est poursuivi à un rythme plus lent (16 entreprises en 2008) mais il est resté continu. Depuis le début de la crise financière, une dizaine d’entreprises sont occupées.

    Pour José Abellí , il s’agit une avancée incontestable :
    «  Aujourd’hui, quel que soit l’endroit dans le pays, lorsqu’une entreprise ferme, les travailleurs brandissent le drapeau de l’autogestion. C’est le grand acquis de la lutte de la classe ouvrière argentine ».

     II. Le Venezuela

    La constitution adoptée en 1999 a instauré la démocratie participative (préambule et de nombreux articles). Elle prévoit la « participation du peuple dans la formation, l’exécution et le contrôle de la gestion publique » et la participation des travailleurs à la gestion des entreprises publiques (art. 184.5). Elle préconise en outre la gestion d’entreprises sous forme coopérative et d’entreprises communautaires de service pour favoriser l’emploi. (Art. 184.5) Après le coup d’Etat d’avril 2002, le gouvernement a développé les programmes sociaux, « las misiones » en s’appuyant sur des volontaires pour contourner la bureaucratie d’Etat et sur des citoyens pour assurer la gestion. Création des conseils de gestion : santé, éducation, eau potable, logement.

    Le Venezuela est passé de moins d’un millier de coopératives en 1999 à plus de 100 000 en janvier 2006. Développement endogène
    Une rencontre organisée en octobre 2005 a rassemblé des représentants de 209 entreprises de 7 pays différents, elle a permis de confronter les expériences et de développer les échanges.

    Plusieurs entreprises ont été nationalisées et sont gérées sous contrôle ouvrier « cogestion » SIDOR, INVEPAL, ALCASA, etc.

    Loi d’avril 2006 : instauration des conseils communaux vers un « double pouvoir », un pouvoir populaire : 33 500 conseils. Un conseil regroupe 200 à 400 familles en zones urbaines, 20 en milieu rural et 10 dans les régions indigènes. Ils sont élus pour 2 ans.

    Chaque conseil communal est composé :

    • d’une unité de gestion financière (Banque coopérative communale),
    • d’un organe exécutif,
    • d’une unité de contrôle (qui contrôle l’utilisation des ressources et la réalisation des programmes).
      Toutes les décisions sont prises par l’AG.

    Chaque conseil communal détermine ses domaines d’intervention et crée ses propres commissions : santé, éducation, logement, économie populaire, culture, sécurité, eau, services publics, etc.

    * Le Fonds national des conseils communaux assure le financement des projets communautaires présentés par la Commission nationale du pouvoir populaire. Les subventions sont versées en trois fois avec des inspections de l’avancée des projets.

    * Malgré les critiques des représentants élus (démocratie représentative) et au sein du PSUV, beaucoup de projets sont réalisés par les conseils communaux.

    * La démocratie participative au Venezuela permet d’inclure des couches de la population, à commencer sur les lieux de vie des communautés.

    • Les secteurs marginaux de la population gagnent en confiance à travers la prise de décision collective.
    • Les CC évitent les projets mal conçus et la corruption.
    • Un appui au gouvernement face aux attaques et à l’intransigeance de l’opposition (Steve Ellner)
    • Véritable ré-appropriation de la politique par le peuple + grande implication des classes populaires dans la décision et la gestion des programmes sociaux des taux de participation lors des consultations électorales.

    Si les grandes lignes du socialisme du XXIè siècle restent à définir, on peut déjà en percevoir quelques traits autogestionnaires :

    • articulation entre pouvoir constituant et pouvoir constitué,
    • appropriation sociale et gestion démocratique des moyens de production.
  • Université d’été juillet 2009
     

    Compte rendu de l’atelier sur la crise alimentaire

    par Michel Buisson

    L’atelier est introduit par Michel B. à partir de son article publié dans Ecologie & Politique de juin intitulé « la question alimentaire dans l’entrelacs des crises, essai de diagnostic et de proposition ».

    Après un très rapide rappel sur la situation (crise de 2007-2008, …), l’accent est mis dans cette introduction :

    • sur la stratégie des forces dominantes : les financiers et les firmes poursuivent la spéculation sous ses diverses formes, développent les agrocarburants et prennent en main d’importantes surfaces agricoles (« accaparement de terres »), en complément ou en lien étroit avec plusieurs Etats. Ces phénomènes relèvent d’un néocolonialisme agraire. Pendant ce temps, les institutions internationales continuent leur chemin, offensif pour la Banque mondiale et l’OMC (malgré le blocage du Doha Round), passif pour le institutions de l’ONU (FAO, …) à l’exception toutefois du Rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation et de quelques groupes d’experts.
    • sur les alternatives : elles sont particulièrement difficiles à faire avancer au niveau international, compte tenu de la puissance des forces dominantes et la difficile définition/mise en œuvre d’une stratégie de défense et de conquête de nouveaux droits, en lien notamment avec la souveraineté alimentaire : comment réduire l’emprise des firmes et des institutions libérales sur les terres, sur les agrocarburants et satisfaire le besoin humain fondamental de l’accès de tous à une nourriture suffisante, le tout en résolvant la crise écologique, « double peine » pour les pays du sud (ils sont les plus victimes d’une situation qu’ils n’ont pas produite et les pays riches voudraient les pénaliser pour résoudre le problème).
      Cette double problématique à l’échelle mondiale a aussi été éclairée par la crise européenne du lait (voir l’article diffusé sur la liste infos et sur le site, dans R&V de rentrée).

    Le débat a permis de développer la question des alternatives autour de plusieurs points :

    • la lutte contre l’agrobusiness doit être l’occasion de réaliser la nécessaire liaison entre ce qui se passe chez nous et au Sud : cas de Doux, des agrocarburants ; il faut trouver des alliés dans ces pays avec les salariés et les paysans et développer des alternative en termes de modèle de production et d’échange ;
    • l’enjeu de Copenhague doit aussi permettre de faire ce lien N/S ;
    • la relative faiblesse de la bataille à l’international, s’explique par les difficultés de toute stratégie à ce niveau qui conduisent Via Campesina à privilégier le travail à la base ; elle est aussi peu aidée par la faible mobilisation des ONG, souvent suivistes. L’articulation des luttes et des initiatives aux trois niveaux (local, national et régional, international) est à renforcer. Il y a des avancées : commerce équitable et OGM dans une certaine mesure, reconnaissance des enjeux liés à la souveraineté alimentaire, … Souvent les alternatives sont récupérées.

    Comment vulgariser la souveraineté alimentaire alors que l’arme alimentaire n’a jamais été aussi prégnante ? Il faut mieux valoriser les alternatives ici, (par ex sur le foncier avec « Terre de lien) en affirmant des choses simples mais emblématiques, être force de proposition sur la question climatique (par ex, contribution de la bio…), sur l’immigration … ; dénoncer le rôle de l’UE sur la question alimentaire, valoriser des points de vue par ex basés sur l’écoféminisme de Vanda Shiva, de Maria Myès ( ?). Globalement appuyer la forte résistance des femmes.

    La gravité de la situation alimentaire et écologique doit pousser à développer une stratégie transversale et internationale sur ce point : modèles de production, de consommation, d’échange, combattre les firmes et le libéralisme, conquérir de nouveaux droits, faire appliquer ceux en place, imposer d’autres politiques.

    La crise laitière est pour une part emblématique de l’ensemble de ces questions : régulation ou pas, maintien ou non d’une paysannerie nombreuse, échanges coopératifs ou non …Elle révèle aussi la nécessité d’initiatives politiques et les clivages syndicaux…

    CR Michel